Conseil Métropole / Zone à faibles émissions / Pierre Hémon
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Conseil de la Métropole du 28 janvier 2019

Intervention de Pierre Hémon

N° 2019-3326 – Plan Oxygène – Instauration d’une Zone à faibles émissions (ZFE) – Approbation d’une 1ère étape – Approbation du dispositif d’aide à l’achat de véhicules propres de transports de marchandises – Approbation de conventions – Attribution de subventions

Monsieur le Président, cher-e-s collègues,

 

Zone à Faibles Émissions, Zone à Faible Ambition

Tout d’abord, je précise que si nous avons des critiques à faire à cette délibération, des manques à souligner, des oublis à regretter, elle a le mérite d’exister, d’enfin exister. C’est pourquoi nous la voterons. En effet, nous ne prenons pas pour quantité négligeable ce qui est proposé. Néanmoins, nous avons des précisions à apporter, des propositions supplémentaires et complémentaires pour que ce Plan Oxygène prenne de la vigueur, de l’ampleur… devienne un plan, devienne le volet « air » du Plan climat, avec plusieurs étapes et non pas une seule suivie d’un laconique « après 2021… et bien on verra ! ».

Un Plan pour nos poumons, nous le pouvons

Nous souhaitons un vrai plan qui réponde à la demande citoyenne, demande citoyenne  qui s’exprime largement dans nos rues, sous des formes diverses. Demande citoyenne qui s’affirme dans plusieurs villes d’Europe comme Berne ou Bruxelles où ce sont les collégien-ne-s et les lycéen-ne-s qui une fois par semaine organisent une grève scolaire et défilent en masse pour refuser la pollution, pour que la lutte contre le dérèglement climatique soit au cœur de nos politiques, et ne se limite pas à mettre en œuvre des réponses a minima permettant d’éviter des sanctions financières.

Demande citoyenne qui s’affirme encore pour traduire devant les tribunaux, notre pays, pour insuffisance, voire inaction « climatique ». Nous avons sans doute toutes et tous vu et pour certaines et certains signé la pétition intitulée « L’Affaire du Siècle » portée par quatre ONG environnementales, pétition qui en quelques jours a dépassé les 2 millions de signataires, chiffre jamais encore atteint par aucune autre !

La semaine passée, les actions citoyennes sur la pollution à Lyon auront fait l’actualité quatre soirs sur sept au journal télévisé de France 3 Rhône-Alpes. Du jamais vu !

Hier après-midi à Lyon, plus de 5000 Grands-lyonnais ont réalisé une immense chaîne humaine qui de la Saône au Rhône, de la place des Terreaux à la place Bellecour, a encerclé la Presqu’île pour demander plus d’ambition contre la pollution. Et, faut-il le préciser, toujours dans la bonne humeur, toujours dans la non-violence.

Sur Lyon encore, une grande ONG, Greenpeace, vient de lancer une pétition qui a recueilli en quelques jours des milliers de signatures nous invitant à faire plus, à faire mieux contre la pollution, à faire mieux pour le climat. À comparer avec les 143 avis portés par le public sur les registres de consultation, nous y reviendrons. Nous nous réjouissons, Monsieur le Président, qu’en réponse à cette pétition massivement signée, vous ayez proposé à Jean-François Julliard, directeur exécutif de Greenpeace, de le rencontrer.

Je veux maintenant reprendre quelques aspects de la délibération, et en préciser certains éléments.

Un petit pas après quatre années de surplace

Sur le contexte temporel déjà : les premières alertes de l’Europe remontent à 2008, il y a plus de 10 ans, puis 2011 avec l’assignation de la France devant la Cour de Justice de l’Union Européenne pour non-respect des valeurs limites de certains polluants. Puis, le 17 mai 2018, renvoi de la France devant la même Cour pour, concernant notre zone, non-respect des valeurs limites tant annuelles que journalières en oxydes d’azote et insuffisance des plans d’action. Je rappelle ces dates parce qu’on ne peut arguer de l’effet de surprise pour justifier l’impréparation et le retard à l’allumage. On ne peut, entre autres, prendre pour argent comptant les propos des professionnels du transport qui font semblant de découvrir le sujet et demandent reports et dérogations.

Autre date : janvier 2017 : suite à l’insistance des parents de l’école Michel Servet dans le 1er arrondissement de Lyon, il leur a été dit par courrier que la mise en place d’une zone à circulation restreinte aurait lieu au plus tard en fin d’année et sa mise en œuvre en janvier 2018, vous entendez bien, en janvier 2018… puis rien…

Dernières dates : c’est au printemps 2015 qu’une ministre lançait l’appel à projet « Villes Respirables en 5 ans », c’est en septembre 2015 que la candidature de notre Métropole était retenue. Et c’est seulement cinq ans plus tard, en janvier 2020, au mieux, que nous  mettrons en place les premières mesures restreignant effectivement la circulation des véhicules les plus polluants. Des petits pas, des petits pas qui arrivent après un long long long surplace en la matière.

 La mesure la plus impactante pour l’instant, vous l’avez prise, Monsieur le Président, ça ne fait pas de mal de vous en féliciter à nouveau, c’est la réduction de la vitesse à 70 km/h sur le périphérique. Mais là encore fixons un objectif ambitieux : transformer ce boulevard Laurent Bonnevay en boulevard urbain apaisé avec des voies dédiées pour des bus à haut niveau de service.

Concernant le bien-fondé de la limitation de la vitesse à 70 km/h, je ne reviens pas sur les arguments que nous avons exposés lors d’un précédent conseil, mais quel combat, quel combat d’arrière-garde, porté par un groupe politique dont certains membres, certaine devrais-je dire, sont paradoxalement à la pointe pour que leur ville devienne une « ville 30 ». Renvoyons, Monsieur le Président, les ardents contempteurs de la réduction de la vitesse sur nos routes aux très récents travaux de l’éminent professeur de médecine Claude Got, longtemps conseiller de Madame Simone Veil puis de Monsieur Claude Evin. Il a calculé et mis en ligne le nombre de morts causés par les excès de vitesse départements par département, route départementale par route départementale. C’est édifiant, y compris sur notre territoire !

Tousse ensemble ! Tousse ensemble !

Sur les effets sur la santé de la pollution, je veux revenir sur le sujet des seuils. En effet s’il y a bien des seuils réglementaires à respecter, il n’y a pas du point de vue sanitaire « d’effet de seuil ». Être en dessous du seuil d’exposition requis pour un polluant, ne veut pas dire que notre environnement respiratoire est sain. Le professeur Devouassoux (chef du service de pneumologie de l’Hôpital de la Croix-Rousse) l’a bien rappelé lors d’une réunion d’information organisée sur le sujet par l’association « Construisons la  Métropole Pour Demain ».

Une exposition permanente à 10, 15 ou 20 microgrammes par m3 est suffisante pour engager le développement de maladies respiratoires avec un risque fort à cinq ans de dégradation de la fonction respiratoire.

Concertation : 154 avis contre 5000, 8000, 15000 manifestants

J’en viens au bilan de la concertation maintenant. Concernant la consultation du grand public, comment peut-on dire ici ou écrire dans le dossier de presse qu’elle a été exemplaire. Alors que 154 avis seulement ont été déposés ! 154 avis au regard des milliers et des milliers de manifestants, qui comme hier demandent d’aller plus vite et plus loin, cela doit nous nous interroger sur la publicité faite à cette consultation. Quels relais dans nos communes, dans nos arrondissements, quelles et combien de réunions publiques sur ce thème ? N’était-ce pas là, n’est-ce pas un « Grand débat » à mener. Pour information, le collectif des parents de l’école Michel Servet, déjà cité, n’était même pas au courant. Pour information encore, la semaine passée, lors d’une réunion publique traitant de ce sujet dans une fac lyonnaise, sur cent personnes présentes, donc intéressées, seules quatre ont dit être au courant qu’une consultation avait eu lieu. Alors comment, mais comment parler d’une concertation exemplaire ? Pourquoi ne pas dire qu’on a complètement raté la concertation grand public, que nous n’en avons pas pris la mesure. Idem quand à peine plus d’un tiers des communes concernées ont délibéré sur le sujet.

Pour une Métropole à Faibles Émissions : Élargir le périmètre

Parmi les remarques des personnes publiques, la question du périmètre de la ZFE a été posée. Un certain nombre de communes se sont déclarées disposées à intégrer ce périmètre. Nous souhaitons qu’il en soit tenu compte et qu’on élargisse le périmètre. Nous proposons comme objectif que les limites de notre Métropole soient celles de la ZFE. Ce serait une bonne manière de casser l’argument démagogique souvent utilisé jusque dans cette assemblée, qui voudrait que le périmètre actuel n’en protège que l’intérieur. Qu’il soit clair que nous voulons une Métropole à Faibles émissions !

Les véhicules personnels aussi polluent

Les services de l’État, la CCI1 et la commune de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or demandent d’envisager l’extension des mesures aux véhicules légers, à l’instar de notre groupe qui le demande depuis 2016. Et qu’envisage-t-on ? Rien, ou plutôt on envisage d’envisager, ou on envisage de ne pas s’interdire d’envisager.

Alors que les véhicules légers participent à plus de 40% des émissions d’oxydes d’azote et à près de 60% des émissions de PM 2,5. Les plus polluantes, les voitures non classées essence ou diesel de plus de 21 ans d’âge, ne représentent que 4 à 6% du parc roulant dans la Métropole. Ces propositions, ces demandes d’étude sur le parc de véhicules particuliers, nous les avons faites dès la commission générale présentant le Plan Oxygène en novembre 2017. Rien n’a été engagé et maintenant il nous est répondu que comme on n’a pas engagé les études, on n’a pas d’éléments à soumettre au débat public… Quelqu’un de moins aimable que moi se demanderait de qui se moque-t-on ? Quelqu’un de plus poète comme le conseiller Berthilier se demanderait à quoi bon déverser son surplus hydrique dans un instrument à cordes.

Les plus précaires n’ont pas de voiture !

Mais pire, la délibération précise que rien n’a été fait dans ce sens au nom de l’équité ! Et la délibération affirme que ce sont les « habitants les plus précaires qui possèdent les véhicules les plus anciens », contre toute réalité. Faut-il répéter ici, ce que tous les acteurs de l’insertion savent : les 20% des ménages les plus pauvres ne possèdent pas de voitures ! En revanche, ils habitent bien dans les zones les plus impactées par la pollution, comme le montrent bien les cartes stratégiques de l’air dont dispose Atmo AURA. Cartes stratégiques que vous vous refusez à publier, à mettre en libre accès, comme nous le demandons depuis 2016 encore ?

Pour des agences d’écomobilité

Pourquoi ne trouve-t-on pas un mot sur l’indispensable mise en place d’agences d’écomobilité, permettant d’accompagner les ménages en réalisant avec eux des « diagnostics d’écomobilité », permettant aux personnes de mieux se déplacer à moindre coût financier pour eux, à moindre coût sanitaire pour tous ?

Et pour les propriétaires de ces voitures particulières trop polluantes, nous ne disposerions pas de moyens financiers suffisants pour les accompagner, pour leur  proposer des aides comme nous le faisons pour les professionnels ? Mais nous débordons d’argent pour ce projet d’un autre siècle qu’est l’Anneau des Sciences, pour lequel on met encore près de 6 millions d’euros au budget !

Un dimanche sans ma voiture ?!

Un dimanche par mois sans voiture : voilà une proposition du mouvement social pour le climat qui ne coûte pas cher et qui aurait des effets plus que symboliques. Si c’est facile sur la Presqu’île qui mériterait d’être piétonne tous les jours, c’est à expérimenter de façons sans doute diverses dans les cœurs de nos arrondissements et communes. Mais n’est-ce pas là l’occasion de faire preuve d’inventivité, de solidarité pour protéger nos biens communs que sont l’air, l’espace public et nos poumons ?!

Et après 2021 : quelles étapes nouvelles ?

Enfin, quid après 2021 ? Alors que des points noirs demeureront, alors qu’une partie de la population subira encore des dépassements.

Quid des éventuelles autres étapes ? Pourquoi se fixer comme objectif d’atteindre les recommandations actuelles de l’OMS2 en 2030, alors que l’on sait très bien deux choses :

  • La première que d’ici 2030 les recommandations de l’OMS auront changé et seront plus exigeantes. Cela encore nous l’avons demandé en 2016 et cela encore est resté sans réponse ;
  • La deuxième chose : nous savons, mais nulle part ce n’est dans la délibération, nous savons que les Agences Régionales de Surveillance de la Qualité de l’Air (dont Atmo AURA) ont demandé que soit révisé l’indice ATMO qui n’intègre pas les particules PM 2,5, qui ne mesure en rien les milliards de PUF, Particules Ultra Fines PM 0,1. Alors que les particules issues du trafic automobile sont à 90% des particules ultra fines !

Les modèles diesels les plus récents émettraient d’ailleurs des milliards de particules ultra fines au kilomètre selon le professeur Gilles Dixsault, de la Fondation du Souffle, cité par le journal Le Monde.

Éradiquer le diesel

Quid enfin de la volonté politique d’éradiquer le diesel à un horizon proche : sans copier Oslo ou Copenhague pour qui ce sera en 2019, fixons-nous l’objectif de 2024 ou 2025 comme Amsterdam, Athènes, Grenoble, Paris, Rome ou Londres encore. Je suis certain que cela rendrait notre Métropole encore plus attractive !

Monsieur le Président, mes cher-e-s collègues : la lutte contre la pollution atmosphérique participe de la lutte contre le dérèglement climatique. Reconnaissons-le !  Affirmons-le ! Assumons-le !

Ce ne sont plus les générations futures qui sont en danger, mais les générations actuelles. Et ce sont les générations actuelles qui descendent dans la rue, qui exigent des actions, qui vont demander des comptes très vite !

 

Je vous remercie pour votre attention.

 

Seul le prononcé fait foi

 

1 Chambre de commerce et d’industrie

2 Organisation mondiale de la santé