Conseil Métropole / SRADDET / Bruno Charles
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Conseil de la Métropole du 8 juillet 2019

Intervention de Bruno Charles

N° 2019-3694 – Projet de schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET) de la Région Auvergne-Rhône-Alpes – Avis de la Métropole de Lyon

Monsieur le Président, cher-e-s collègues,

Sans refaire le débat qui a eu lieu au sein du Conseil régional, permettez-moi quelques observations liminaires. Dans un second temps, j’aborderai l’avis qui nous est soumis sur lesquels nous délibérons.

Alors que les épisodes de canicule se répètent et s’aggravent, le schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires porte-t-il bien son nom ? Est-il à la hauteur de la transition écologique et climatique que nous appelons de nos vœux ? La logique qui sous-tend ce document de planification est-elle orientée vers la sobriété et la transition énergétique ? Ou, pour reprendre les termes du récent rapport du Haut Conseil pour le climat, les investissements prévus dans ce schéma sont-ils compatibles avec la stratégie nationale bas-carbone ?

Remarquons déjà que le SRADDET ne respecte pas les objectifs européens en matière de climat :

  • Là où l’Europe vise -40 % d’émissions de gaz à effet de serre en 2030, objectif que nous avons transcrit dans notre schéma directeur des énergies et dans notre projet de PCAET1, l’objectif régional n’est que de -30% ;
  • Là où l’objectif européen de baisse des consommations d’énergie est de 27%, toujours pour 2030, l’objectif régional n’est que de 23% par habitant.

Bref, ce SRADDET n’est pas à la hauteur.

La lecture de la liste des investissements qui nous concernent dans le domaine des déplacements confirme malheureusement cette analyse :

  • Maintien de la création d’une nouvelle autoroute A45 entre Lyon et Saint-Étienne, alors même que l’État l’a quasiment abandonnée ;
  • Maintien du pharaonique projet de tunnel sous les Alpes pour la ligne TGV Lyon-Turin ;
  • Nouvelle ligne TGV Paris-Orléans-Clermont-Lyon (POCL).

Bref, ce n’est pas une planification pour une transition écologique, c’est une litanie des grands projets inutiles !

Et qu’en est-il des déplacements du quotidien ?

Là par contre, la Région se défausse de la compétence que la loi lui confie et propose de faire financer les TER par les collectivités bénéficiaires. Nous avons déjà des illustrations concrètes de la volonté régionale :

  • -30% de trains sur la ligne Lyon – Saint-Étienne, pourtant la plus fréquentée de France ;
  • -70% sur la ligne Chambéry-Lyon.

Et j’en passe. Si l’on voulait rabattre les voyageurs du train vers la route, on ne s’y prendrait pas autrement.

Passons à l’énergie : si la Région prévoit une augmentation de la production d’EnR2, c’est en fait un trompe-l’œil :

  • Le document prévoit la mobilisation de l’intégralité du potentiel de méthanisation, ce qui est un objectif irréaliste,
  • À l’inverse, le président de la Région a proposé d’aider financièrement les communes qui refusent les projets d’éoliennes.

Autrement dit, ce SRADDET n’a de développement durable que le nom et ne fait qu’entériner les logiques en cours, celles qui sont à l’origine des crises écologique et climatique, en renonçant à changer la trajectoire.

Alors si nous sommes honnêtes, nous devons prévenir nos concitoyen-ne-s : les canicules vont s’aggraver, la ressource en eau va se raréfier et comme l’usage des pesticides augmente, elle va devenir de plus en plus polluée et compte tenu des difficultés agricoles à prévoir, les prix alimentaires vont augmenter et la précarité avec.

Venons-en maintenant à l’avis que vous nous proposez. Nous en partageons bien sûr de nombreux aspects. Mais nous pensons que dans plusieurs domaines, cet avis est en deçà de la réalité :

  • Nous ne souscrivons pas à l’objectif de « conforter le maillage intra-régional avec la réalisation de projets d’infrastructures de transport routier » supplémentaires. Notre région est déjà l’une des mieux maillées en termes de transport routier. À l’inverse, le maillage ferroviaire a été détruit depuis 50 ans. C’est là que doit se situer l’investissement.

Et concrètement pour nous, notre refus de la nouvelle autoroute Lyon Saint-Étienne A45 n’est pas fondée sur le seul problème de son arrivée dans l’agglomération lyonnaise, mais parce que cette infrastructure est mauvaise en soi, en consacrant un milliard et demi d’euros à l’augmentation de la capacité de voirie pour les automobiles.

Nous ne partageons donc pas l’avis que vous nous proposez sur ce point précis et important.

  • Autre exemple, vous nous proposez d’approuver l’objectif de limitation du développement des surfaces commerciales dans les périphéries. Or limiter le développement, c’est encore permettre le développement. Au niveau où nous sommes de consommation dans les hypermarchés, si nous voulons relocaliser production et consommation notamment dans le domaine alimentaire, il faut non pas limiter mais arrêter le développement des grandes surfaces commerciales en périphérie.
  • Là où la Région veut s’affirmer en chef de file, et en facilitateur des coopérations inter-régionales, rien sur les contrats de réciprocité qui pourrait lier les métropoles à leurs territoires adjacents pour relocaliser les échanges et faire en sorte que les consommations des habitant-e-s de nos villes créent de l’emploi et de l’activité dans les territoires ruraux proches.

Bref, la logique qui sous-tend ce SRADDET est mauvaise, et nous ne pouvons nous contenter de l’amender sur quelques points. Et il faut le dire. C’est pourquoi nous nous abstiendrons sur cette délibération.

Je vous remercie.

 

Seul le prononcé fait foi

 

1 Plan climat air énergie territorial

2 Énergies renouvelables

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