Conseil Métropole / Risques industriels majeurs, risque nucléaire / Bruno Charles

Conseil de la Métropole du 17 septembre 2018

Intervention de Bruno Charles

N° 2018-3010 – Campagne régionale d’information 2018 sur les risques industriels majeurs – Attribution d’une subvention à l’Association régionale des entreprises pour l’environnement (APORA)

M. le Président, cher-e-s collègues,

Nous approuvons bien sûr cette délibération qui va dans le sens d’une diffusion d’une culture du risque dans notre agglomération. Après l’adoption des quatre PPRT1 dans notre agglomération, il faut souligner les progrès que nous avons faits ces dernières années dans la connaissance et la prévention des risques technologiques majeurs.

En effet, malgré l’article L. 125-2 du code de l’environnement qui établit le droit des citoyens à être informés sur les risques majeurs auxquels ils sont soumis ainsi que sur les mesures de sauvegarde qui les concernent, la culture du risque a très longtemps été un parent pauvre, voire un angle mort des politiques publiques.

Il aura fallu l’accident d’AZF à Toulouse pour qu’enfin, l’État s’occupe sérieusement tant de la prévention des risques que de l’information du public sur la conduite à tenir en cas d’accident.

Un bémol néanmoins à ce satisfecit : nous pensons que toutes les habitantes et tous les habitants de la métropole lyonnaise devraient connaître les mesures et les gestes à adopter en cas d’accident industriel. Et d’ailleurs dans cette assemblée combien d’entre nous les connaissent ? Si cette campagne d’information va dans le bon sens, il faudra en réalité des moyens plus importants. Il faut que dans toutes les écoles, dans toutes les entreprises et dans tous les lieux publics soient diffusés les bons gestes et les bonnes conduites à tenir en cas d’accident. C’est à cette condition que nous pourrons sauver de nombreuses vies humaines si un accident advenait malheureusement.

Mais il est un domaine où l’irresponsabilité et la politique de l’autruche sont encore la règle. Et il s’agit pourtant du risque le plus grave auquel nous sommes soumis, le risque nucléaire.

Est-il nécessaire de rappeler que nous vivons dans la région la plus nucléarisée du monde, et que nous débattons en ce moment à 40 km d’une des plus vieilles et des plus dangereuses centrales au monde, je parle de la centrale nucléaire du Bugey ?

Avant cette séance, par curiosité, je suis allé consulter la liste des incidents recensés par l’Autorité de sûreté nucléaire depuis cinq ans dans la centrale du Bugey. J’ai moi-même été surpris de constater le nombre important de ces incidents, plus de 70, dont plusieurs graves avec fuite de radioactivité à l’extérieur de la centrale. Quelques exemples :

  • En pleine canicule, un feu a pris le lundi 19 juin 2017 sur le toit d’un bâtiment situé en zone nucléaire du réacteur 5. Le plan d’urgence interne de la centrale a été déclenché, l’ASN2 a activé son centre d’urgence. Les pompiers ont dû intervenir pendant 3 heures pour éteindre l’incendie ;
  • Le 23 juin 2017, l’Autorité de sûreté nucléaire note que les opérations de redémarrage du réacteur 5 ont eu lieu sans que tous les contrôles ne soient effectués ;
  • Le 29 juin 2017, un incendie sur le réacteur numéro deux de la centrale a conduit EDF à activer son plan d’urgence interne pour la deuxième fois en moins de 15 jours ;
  • Deux ans et demi avant, fin décembre 2014, une fuite d’eau radioactive contenant du tritium s’est échappée et a pollué la nappe phréatique. Un an après, les relevés de la CRIIRAD3 montrent que la fuite de radioactivité a été sous-estimée et que la pollution de la nappe persiste.

Rappelons également que nous avons frôlé l’accident majeur dans cette centrale dans la nuit du 13 au 14 avril 1984. Selon les rapports internes, « c’est même sans aucun doute l’incident pour lequel on a approché de plus près d’un accident grave depuis le démarrage de la première tranche du parc de réacteur à eau pressurisée français ». À l’époque, les réacteurs n’avaient pas de double enceinte de confinement. Nous avons frôlé un Tchernobyl sur Rhône deux ans avant la catastrophe russe.

Bref, nous avons aux portes de Lyon une cocotte-minute nucléaire vétuste et dangereuse, où les incidents se multiplient.

Sur proposition de notre groupe, le président de la Métropole a écrit au préfet le 15 avril 2016 pour lui demander d’intégrer la Métropole à la commission locale d’information (CLI). Il est en effet pour le moins paradoxal que la Ville de Genève soit membre de cette commission d’information mais que la Métropole de Lyon ne le soit pas. Par courrier du 26 mai, le préfet de Région a refusé et à ce jour, la Métropole n’est toujours pas associée aux travaux de la CLI.

Nous réitérons donc notre demande, d’autant que les périmètres des Plans Particuliers d’Intervention ont été étendus de 10 à 20 km et que donc plusieurs communes de la Métropole sont concernées. Nous vous demandons, Monsieur le Président, de reprendre contact avec le préfet pour que notre Métropole soit enfin membre de la CLI de la centrale du Bugey.

Enfin, l’expérience nous a montré que nous ne pouvons malheureusement pas nous fier aux mesures faites soit par l’exploitant soit par les services de l’État. Nous souhaitons donc que la Métropole de Lyon se dote d’une station de mesure de la radioactivité indépendante.

Le coût d’une telle station est d’environ 30 000 € par an, ce qui est modique au regard des enjeux. Nous vous proposons de nous rapprocher de la CRIIRAD, laboratoire indépendant qui s’est créé au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl, qui dispose aujourd’hui d’une telle station qui pourrait être installée dans la métropole.

Je vous remercie.

 Seul le prononcé fait foi

1 Plan de prévention des risques technologiques

2 Autorité de sûreté nucléaire

3 Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité