Conseil Métropole / PCAET / Bertrand Artigny
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Conseil de la Métropole du 16 décembre 2019

Intervention de Bertrand Artigny

N° 2019-4006 – Adoption du plan climat air énergie territorial (PCAET) – Demande du label Cit’ergie

Monsieur le Président, cher-e-s collègues,

Tout d’abord, je voudrais remercier notre collègue Bruno Charles ainsi que les services qui ont travaillé de nombreux mois sur ce plan qu’il nous est demandé aujourd’hui d’adopter.

Et je souhaiterais saluer également les quelques 145 signataires, que ce soient des entreprises, des associations, des communes ou des fédérations professionnelles, qui ont toutes décidé de s’engager dans cette dynamique ambitieuse que peu de collectivités partagent avec la Métropole.

Nous devons aussi remercier les 500 participant-e-s qui ont apporté leurs concours à l’élaboration de près de 100 propositions stratégiques qui touchent à la fois l’économie de notre territoire tant dans ses activités industrielles qu’agricoles, son aménagement, son habitat, ses mobilités et la préservation de nos ressources naturelles. Pour autant, il sera nécessaire de leur faire un retour pour expliquer comment les choix ont été faits.

Je ne vais pas ici reprendre tous les éléments qui figurent dans ce plan, mais en citer quelques-uns qui me semblent inscrire la Métropole dans une dynamique de long terme :

Tout d’abord, sur le plan économique, et notamment le secteur industriel. Nous ne pouvons effectivement pas nous satisfaire du constat que seules les grandes entreprises soient en mesure de réduire leur dépense énergétique et s’en contenter. Elles ont les capacités financières pour optimiser leurs procédés et s’offrir une communication vertueuse. Mais qu’en est-il des plus petites qui, au cœur des systèmes de production, de logistique et de services, sont les fers de lance de la création d’emplois. La dépendance énergétique est un facteur de compétitivité essentiel. Or, ce plan apportera son aide à 1 700 entreprises et industries d’ici 2025, ce qui permettra de lier durablement économie et écologie autrement que par des effets d’annonces marketing.

À propos du secteur agricole, celui-ci est concerné au premier chef par les évolutions du climat. C’est pourquoi les écologistes souhaitent non seulement que les agriculteur-rice-s soient accompagnés vers des pratiques les rendant moins dépendant-e-s des grands groupes industriels de l’agrochimie, mais souhaitent aussi favoriser le développement des circuits courts pour assurer des revenus stables. À cet égard, la protection de 500 hectares supplémentaires nous paraît aller dans le bon sens. Là aussi, nous sommes pragmatiques et concrets.

Pour accompagner l’évolution des modèles économiques vers des pratiques écoresponsables : le prêt, la réparation, le don, etc., il convient de travailler plus et mieux le Scope 3. L’économie circulaire territoriale est la solution. Mobilisons-la plus que ce qu’a pu porter Emeline Baume dans le cadre de sa délégation pour créer des activités et des emplois non délocalisables.

Sur le plan social, je me félicite que soit reprise et confirmée la dynamique de rénovation énergétique de l’habitat conduite par Béatrice Vessiller, en se fixant un objectif ambitieux de rénovation de 200 000 logements dont 100 000 Ecoréno’v, vers un territoire « zéro fioul ». Cela permettra à de nombreuses familles de réduire de manière importante leur facture énergétique. C’est à ce titre que nous nous félicitons de voir que les propriétaires de bâtiments tertiaires, publics ou privés se mobilisent sur cet axe stratégique et que 80 000 ménages et un quart des salariés de bureau s’inscrivent dans cette orientation de réduction de leur consommation d’énergie.

Sur les aspects économiques et sociaux, d’autres points pourraient être soulevés, qui inscrivent notre territoire dans une démarche de long terme, en s’appuyant sur des principes de sobriété, de développement des énergies renouvelables. Le SDE1 est ambitieux et le mettre en œuvre au rythme prévu sera un très gros défi.

En revanche, c’est sur le plan environnemental que des améliorations sont attendues, pour de vraies ruptures, eu égard à l’urgence écologique à laquelle nous faisons face.

Bien entendu, nous nous félicitons que sur la question de la perméabilité de la ville, nous progressons avec un objectif de 500 hectares de surfaces permettant à l’eau de pluie de s’infiltrer dans les sols et de recharger les nappes phréatiques. Mais pour autant les objectifs de planter 300 000 arbres, dont 30 000 arbres d’alignement sur la voirie, s’inscrivent dans la continuité du premier plan climat énergie territorial de 2012. Pour les villes centres très minérales, ces projets permettront un retour de la biodiversité, part inaliénable de notre patrimoine, qu’il faudra protéger par l’interdiction des pesticides, n’en déplaise à certains autoproclamés « champions de l’écologie ».

Mais sur les questions environnementales, avoir des projets de rupture doit être notre ambition première. Aussi, je peux comprendre que de nombreuses voix se fassent entendre pour trouver que ce plan n’est pas suffisant, qu’il n’est pas engageant tout particulièrement dans sa composante air.

Effectivement, en tant qu’écologistes, nous ne sommes pas satisfaits que nous n’ayons pas d’engagements plus forts que – je cite : « les concentrations moyennes en PM10 et PM2,5 se rapprocheront des valeurs moyennes préconisées par l’OMS2 ». C’est une façon de dire que ces concentrations resteront au-dessus des valeurs-cibles actuelles de l’OMS.

Je me fais ainsi le porte-parole des marcheurs pour le climat pour demander qu’en 2030, les recommandations actuelles de l’OMS soient atteintes à savoir : 20 mcg/m3 pour les PM10 et 10 mcg/m3 pour les PM2,5.

Mais, comme vous le savez, ces recommandations vont être rendues plus exigeantes dans les années à venir. Aussi, vous pourrez compter sur les écologistes qui seraient amenés à siéger au conseil de la Métropole, pour demander une révision immédiate de ce PCAET sur ce point sensible.

Dans le même ordre d’idée, sur la question des mobilités à horizon 2030, nous sommes renvoyés à l’actuel PDU3. Mais celui-ci s’appuie sur une conception dépassée des mobilités. Aujourd’hui, les mobilités actives, notamment à vélo, mais aussi à pied, prennent une ampleur considérable, les demandes de nos concitoyen-ne-s pour une plus grande offre de transports en commun se font de plus en plus entendre, et quoiqu’on en dise, le projet d’Anneau des sciences a du plomb dans l’aile. En ce sens, il est plaisant d’apprendre que celles et ceux qui veulent à tout prix un Anneau des sciences et faire passer le contournement Est à trois voies, considèrent que cela est bon pour la qualité de l’air. Or, nous savons que la pollution ne s’arrête pas à des limites administratives et que ce sont les populations les plus fragiles qui sont les plus touchées.

Oui, sur la politique vélo et piétons, il nous faudra aller plus loin car c’est un fait que nous sommes dépassés par les évolutions exponentielles des usages et des demandes, et il nous faudra faire un effort sans précédent. Le prochain exécutif devra reprendre totalement le PDU pour repenser le schéma des mobilités, l’adapter aux réalités d’aujourd’hui et aux attentes de l’ensemble des populations tant à l’ouest qu’à l’est de Lyon.

Pour conclure, malgré ces réserves, les élu-e-s du groupe EELV voteront favorablement ce plan parce qu’il place la Métropole de Lyon sur le début d’une trajectoire ambitieuse avec les partenaires qui se sont engagés avec nous.

Pour EELV, les projets doivent être mis en œuvre au plus vite, dès le vote de ce jour, avec la plus grande vigilance sur les objectifs de mobilité, de qualité de l’air, de végétalisation et d’une concertation plus inclusive. Sur ce dernier point, nous avons pris note que les associations sont demandeuses d’aller plus loin dans les réflexions.

Comme vous l’avez compris, pour les écologistes, le verre est à moitié plein et au prochain mandat nous en ferons un axe fort de nos engagements.

Je vous remercie pour votre attention.

Seul le prononcé fait foi

1 Schéma directeur des énergies

2 Organisation mondiale de la santé

3 Plan de déplacements urbains