Conseil Métropole / Budget 2019 / Bertrand Artigny
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Conseil de la Métropole du 28 janvier 2019

Intervention de Bertrand Artigny

N° 2019-3292 Budget primitif 2019 Tous budgets

Monsieur le Président, cher-e-s collègues,

 

Un budget est avant tout un outil au service d’une politique. Pour ce qui concerne notre Métropole, il est temps que celle-ci quitte ses oripeaux de Grand Lyon, pour prendre ses responsabilités de collectivité territoriale de plein exercice.

En effet, notre pays fait face à une colère populaire dont je ne vais pas ici vous proposer une analyse, mais souvenons-nous qu’elle a été déclenchée par l’annonce d’une augmentation des taxes sur les carburants, en particulier du diesel.

Il est ainsi apparu de manière forte qu’un grand nombre de nos concitoyen-ne-s consacrent une part importante de leurs revenus aux dépenses liées à l’utilisation d’un véhicule à moteur thermique. Et effectivement, dans certains territoires, disposer d’une voiture individuelle est devenu indispensable pour accéder au moindre service public, se rendre à un hôpital, avoir un emploi, profiter de lieux de culture et de loisirs… Paradoxalement, la voiture est devenue un moyen pour conserver du lien social… malheureusement il est très cher et très polluant.

Les écologistes ont toujours considéré que l’absence de volonté politique d’aménagement durable de nos territoires est la cause profonde de cette fracture sociale : étalement urbain, pénurie dans les campagnes et les zones périurbaines de services publics, de structures de soins, d’accueil pour les personnes handicapées et vieillissantes, concentration des zones d’emplois et des établissements scolaires et universitaires, dégradation des espaces naturels, pollutions de l’air, des eaux et des terres, développement de cultures intensives supprimant insectes et oiseaux, sans parler des troubles manifestes pour la santé humaine…

Tout cela vient de ce que pendant de trop nombreuses années, les politiques publiques se sont structurées autour d’une logique qui veut que la voiture soit l’alpha et l’oméga du développement de nos sociétés. Nous avons ainsi investi toujours plus dans des voies toujours plus rapides pour aller toujours plus vite, toujours plus loin.

Aujourd’hui, il faut sortir de cette logique infernale et donner à nos concitoyen-ne-s les moyens et les ressources pour s’en libérer. Nous devons être porteurs d’une politique sociale et environnementale ambitieuse. Nous ne pouvons plus nous satisfaire de petits pas. Les récurrents pics de pollution de l’air métropolitain sont là pour nous le rappeler.

 

Une des premières décisions que nous devons prendre consiste à arrêter de poursuivre ces chimères de projets autoroutiers qui ne font qu’aggraver la dégradation du climat et du bien vivre ensemble.

L’Anneau des Sciences en fait partie.

Le BP 2019 prévoit d’y consacrer 5,9 M€ pour des études, des sondages géologiques et la mise en place d’un dispositif de dialogue et de concertation. Seul ce dernier point nous paraît recevable à condition que cette concertation permette de débattre des alternatives à l’Anneau des Sciences. En ce sens, le récent rapport des commissaires-enquêteurs sur le PLU-H1 a fait ressortir clairement le besoin légitime, je dirais naturel, de nos concitoyen-ne-s pour plus d’espaces verts et plus de nature protégée. La marche pour le climat d’hier en a apporté encore la preuve.

Notons que, depuis le début de ce mandat, nous aurons ainsi consacré près de 12,7 M€ à ce projet d’infrastructure qui ne verra probablement pas le jour, non seulement parce que les financements seront difficiles à trouver, mais surtout parce que c’est un contresens historique, social et écologique.

 

D’une manière plus générale, la seule question que se posent les élu-e-s écologistes est la suivante : la Métropole de Lyon prend-elle le virage indispensable de la transition écologique ? Et le BP 2019 traduit-il cette inflexion ?

Pour les élu-e-s EELV, il est fondamental de sortir d’une présentation du budget sous forme d’une complexe succession de projets dont la compréhension globale est peu aisée, en donnant à nos concitoyen-ne-s une perspective sociale et environnementale.

Je voudrais ici faire un focus sur quelques politiques publiques qu’il nous semble intéressant de relever dans ce cadre, bien que nous pensions que sur certains points, la Métropole devra se montrer plus ambitieuse.

 

Je commencerai par la « durabilité écologique ».

Tout d’abord, nous notons le soutien aux actions d’animation et d’éducation autour du développement durable à hauteur de 1,3 M€. Pour les élu-e-s écologistes, c’est indispensable pour éduquer les populations et surtout les jeunes générations à ce concept pour que les politiques engagées soient appréciées comme justes, utiles et équitables.

Sur la question de la qualité de l’air, mon collègue Pierre Hémon va intervenir longuement sur la ZFE2 et le Plan Oxygène, je ne reviendrai donc pas là-dessus. Mais il est clair que les budgets engagés devront être revus à la hausse pour permettre un véritable changement dans les pratiques de mobilité, avec pour objectif non seulement la qualité de l’air sur le court terme, mais aussi la protection du climat sur le long terme.

À ce titre, nous saluons l’augmentation de 50 % des aides aux propriétaires de chauffage individuel au bois pour remplacer leur matériel non performant, mais il nous faut informer davantage sur le dispositif.

En ce qui concerne la politique déchets, dont les impacts sont très importants pour la préservation de la qualité de nos biens communs, tout en permettant par l’insertion professionnelle de générer de l’emploi local non-délocalisable, nous apprécions l’augmentation de 1,4 M€ des budgets alloués à l’accompagnement, à la sensibilisation, ainsi que l’extension des consignes de tri et la mise en place de circuits de valorisation des déchets. Le travail de la Métropole sous l’égide de notre collègue Émeline Baume a largement été plébiscité en ce sens lors du dernier conseil.

Sur la question des énergies renouvelables, le travail sur le plan climat air énergie territorial devrait porter ses fruits. À cet égard, l’augmentation de 20 % de la gestion des réseaux de chaleur, la participation au capital de la SAS3 Lyon Rhône Solaire à hauteur de 0,5 M€ pour la production photovoltaïque, contribueront au bien-être des Grands-lyonnais tout en préservant les ressources de la planète. La Métropole devra aussi s’engager dans les années à venir auprès de fournisseurs d’électricité verte.

Sur la question du cycle de l’eau, au-delà de la lutte contre les inondations, nous aurions aimé qu’apparaisse de manière plus claire la façon dont nous allons préserver la qualité de nos approvisionnements, la gestion des milieux aquatiques et la maîtrise des eaux pluviales. Certes, nous voyons bien que les investissements sur ces dossiers sont en légère augmentation, mais il nous faudra aussi nous pencher sur le principe de ville perméable. Sur le dossier du barrage de l’Yzeron, nous encourageons la Métropole à organiser avec le plus de transparence possible la concertation des habitant-e-s de cette vallée sur le barrage prévu à Francheville.

En ce qui concerne nos politiques de déplacements et de mobilité, nous sommes très satisfait-e-s de constater que les engagements 2016-2020 que nous avons pris seront tenus grâce au soutien aux mobilités actives, qui nous permettront de consacrer 5,2 M€ à l’extension du réseau cyclable dans un large périmètre autour de Lyon, avec la réalisation d’abris sécurisés, indispensable pour le développement du vélo. Conjugué avec la poursuite des efforts engagés pour le déclassement de l’autoroute A6/A7 et le développement de projets structurants tels que le T6 et le C3, la Métropole apportera des solutions de déplacement vertueuses à nos concitoyen-ne-s.

Un des sujets qui nous est cher est la qualité de notre alimentation : pour cela il est nécessaire de préserver nos espaces naturels et agricoles ; à ce titre, la Métropole va augmenter ses participations et soutiens en faveur d’une agriculture durable. Nous pouvons nous en féliciter d’autant que cet effort est continu depuis plusieurs années.

Pour clore partiellement ce chapitre sur la durabilité écologique, nous sommes satisfait-e-s des augmentations très significatives qui seront allouées en 2019 à l’éco-rénovation des bâtiments, au renouvellement des arbres d’alignement, à l’aménagement des rives de Saône…

 

Mais l’écologie ne saurait se limiter à sa partie environnementale. Sur les questions d’emploi, nous saluons les investissements engagés par la Métropole en faveur de la requalification des zones industrielles, des pépinières entrepreneuriales, du soutien aux pôles de compétitivité, etc.

Cela devrait permettre aux habitant-e-s de la Métropole de pouvoir travailler à proximité de leurs lieux d’habitation.

Sur le plan social, nous aurons l’occasion d’y revenir tout au long de l’année, les politiques que mènent la Métropole vis-à-vis de populations les plus fragiles, en matière de handicap ou du vieillissement, ne sont pas à la hauteur de la situation que vivent de très nombreuses familles. Certes, nous observons que les budgets alloués sont en légère augmentation, mais cela mériterait que lors de cette année 2019, nous puissions vraiment faire un état précis des situations que vivent nos concitoyen-ne-s.

 

Pour revenir à la question initiale sur la transition écologique, bien que nous restions toujours opposés à des investissements qui n’ont aucun sens écologique, les élu-e-s EELV considèrent qu’une inflexion est en cours. Nous invitons à ce titre les membres de ce conseil à prendre connaissance des rapports émis par le conseil de développement, notamment ceux sur l’énergie et les initiatives collaboratives, et bientôt celui sur l’alimentation. Ils y trouveront des points de repère pour nos futures politiques en faveur d’une transition écologique qu’appellent de leurs vœux nos concitoyen-ne-s.

Les élu-e-s EELV voteront ce budget.

 

Je vous remercie pour votre attention.

 

Seul le prononcé fait foi

 

1 Plan local d’urbanisme et de l’habitat

2 Zone à faibles émissions

3 Société par actions simplifiée


Une réflexion au sujet de “Conseil Métropole / Budget 2019 / Bertrand Artigny

  1. Vous parlez de 5,9 M€ budgétés en 2019 au titre d’études, de sondages géologiques et de mise en place d’un dispositif de dialogue et concertation sur le projet de Tronçon Ouest du Périphérique (dit faussement « Anneau des Sciences »). Ces 5,9 M€ se rajouteraient à 12,7 M€ déjà consacrés depuis 2014 à ce projet d’infrastructure.
    Si le dialogue et la concertation ont pour but de faire avaler le projet sans le remettre en cause, il s’agit d’un marché de dupes.
    Une des trouvailles (notamment de JL Da Passano) pour faire avaler la pilule est de prétendre que l’infrastructure ne serait pas une autoroute mais un tunnel (! !) , et un outil d’intermodalité, qui aurait vocation à accueillir des lignes de BHNS ! voire même des vélos. Pour aller d’ où à où ? et pour desservir qui ? C’est le mystère .

    La réalité est pourtant évidente : une nouvelle infrastructure autoroutière de 15 km en pleine agglomération serait une véritable invitation à utiliser davantage l’outil voiture. Un véritable contresens en terme énergétique et environnemental, et en matière de report modal.

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