Conseil Métropole / Publicité, une réglementation embryonnaire / Bruno Charles
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Conseil de la Métropole du 15 décembre 2017

Intervention de Bruno Charles

N° 2017- 2521 Elaboration du règlement local de publicité (RLP) de la Métropole de Lyon – Prescription de l’élaboration et définition des objectifs poursuivis, des modalités de collaboration avec les Communes et des modalités de la concertation préalable 

M. le Président, chèr-es collègues,

Nous approuvons bien évidemment l’idée de réglementer la place de la publicité dans l’espace public.

Tout d’abord bien sûr pour lutter contre l’enlaidissement du cadre de vie et des paysages, contre ce qu’on a appelé la France moche. Nous approuvons en conséquence le premier objectif qui nous est proposé dans la délibération, c’est-à-dire garantir un cadre de vie de qualité. Prendre en compte la diversité des paysages urbains, périurbains ou naturels de la métropole, affirmer les identités de quartier en lien avec notre politique patrimoniale et aussi limiter la pollution visuelle et développer la sobriété énergétique des dispositifs lumineux sont des objectifs importants.

Mais nous pensons que la réflexion doit aller plus loin. La place prise par la publicité dans nos vies quotidiennes est devenue telle, qu’elle est aujourd’hui un problème politique. Nous n’en sommes plus au stade où chacun reste libre de dire oui ou non à une sollicitation, mais nous faisons face un système massif de manipulation mentale à des fins mercantiles.

C’est à notre sens devenu un problème majeur de santé publique. De nombreux travaux de médecins, psychologues sociaux ou sociologues ont décrit les méthodes des publicitaires et les effets sur les individus, sur les adultes et a fortiori sur les enfants. L’objectif poursuivi par les publicités est en effet de faire régresser l’humain du désir à la pulsion, pour orienter cette pulsion vers un acte d’achat.

Le sociologue Norbert Elias a montré que le contrôle social des pulsions individuelles a été la clé du processus de civilisation que nos sociétés ont connu. Alors, il ne faut pas s’étonner que les effets de l’exaltation des pulsions individuelles par les publicités soient collectivement extrêmement nocif : désocialisation des individus, dévalorisation des valeurs collectives au profit des valeurs individualistes, glorification de la compétition entre les individus, promotion d’un monde où être c’est avoir.

Les psychologues font aujourd’hui un lien très clair entre cette omniprésence du système publicitaire et les pulsions de mort qui se développent dans notre société.

En tant que responsables politiques, nous avons donc le devoir de limiter le temps d’exposition des individus, en premier lieu des enfants et des jeunes. Si une partie de ce matraquage a lieu pendant le temps privé, en particulier sur Internet sous prétexte d’une fausse gratuité, c’est encore plus insidieux quand il se passe sur l’espace public, de manière inconsciente mais réelle.

Nous pensons donc que le second objectif présenté dans la délibération : « développer l’attractivité métropolitaine » passe à côté de l’essentiel. Pour nous cet objectif devrait être : limiter le temps d’exposition de chacun à la publicité pour préserver la santé mentale des habitants, de la même façon que nous voulons protéger la santé physique de nos concitoyens en limitant leur exposition aux pollutions atmosphériques et sonores, et empêcher le développement de valeurs contraires aux valeurs de la République et au bien-être collectif. Au passage, c’est ce que le psychologue Félix Guattari appelait une écologie de l’esprit.

Peut-on par exemple se féliciter de la libération de la parole des femmes victimes de violence ou d’agressions sexuelles et das le même temps permettre l’utilisation des femmes réduites à des objets sexuels pour vendre n’importe quel objet, voitures, vêtements ou chaussures ? Sommes-nous élus pour vendre du temps de cerveau disponible de nos concitoyens à des marques, selon l’expression utilisée par l’ancien patron de TF1 ?

Bien-sûr certains d’entre vous ne manquerons pas de nous opposer l’argument de l’argent qui rentre dans les caisses de nos collectivités. Pour notre part, nous préférons nous priver de cet argent, ce qui au passage ne bouleversera pas le budget de nos communes ni de la métropole, et protéger la santé mentale de nos concitoyens. Sans même parler de la contradiction entre les objectifs de sobriété, de lutte contre l’obsolescence programmée et de transition écologique affirmés dans nos différentes politiques, et l’ouverture de l’espace urbain au matraquage publicitaire.

Notre groupe votera cette délibération parce qu’elle représente un début de régulation, mais nous souhaitons que nous allions plus loin dans la prise de conscience collective et dans la limitation de la publicité sur l’espace public.

Seul le prononcé fait foi