Enfants – école : quels rythmes ? Rencontre avec Philippe Meirieu à Villeurbanne 🗓 🗺
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Venez échanger avec Philippe Meirieu, pédagogue

Enfants – école : quels rythmes ?

Jeudi 12 octobre 2017 – 18h30 / 20h30

Palais du Travail

9 place Lazare Goujon – Villeurbanne

M°A Gratte-Ciel

Avec
Cécile Ribot, parente d’élève – Sandra Cambone, enseignante – Mathieu Soares conseiller délégué à la réussite éducative à Villeurbanne et une adjointe au maire de Bron

Soirée animée par Béatrice Vessiller, vice-présidente de la Métropole de Lyon, conseillère municipale à Villeurbanne

En résumé, voici ce qu’il s’y est dit

Quelques éléments du débat

  • 5 matinées : un relatif consensus pour constater que, même avec une matinée plus longue (3h30), les enfants sont réceptifs, et que les apprentissages se font bien le matin. Cela semble être profitable surtout pour les maths et le français, un peu moins des activités sportives et artistiques…
  • « Avec les activités périscolaires, la journée s’est complexifiée pour l’enfant et c’est fatigant. L’enfant n’ pas le temps de souffler ! » oui, c’est vrai mais il y a plusieurs fatigues, celle de la journée, de la semaine, de la période (la 3ème période après les vacances de printemps peut atteindre 10 à 12 semaines, plus qu’en collège ou lycée !). La fatigue de l’enfant, c’est aussi lié au temps passé par l’enfant sur les écrans (télé, tablette…), le recul du sommeil de l’enfant qui se touche de plus en plus tard, du nombre d’heures de sommeil, le rythme soutenu de la vie des parents…
  • Mercredi matin en maternelle : absence de certains enfants, ceux dont les parents qui ne travaillent pas considèrent que c’est « en option »…
  • Philippe Meirieu a rappelé que la France est le pays où le nombre de jours est le plus réduit en Europe. Or, plus le nombre de jours d’école est élevé, plus c’est favorable aux apprentissages des enfants, notamment ceux des milieux modestes. Concernant les consultations qui vont avoir lieu dans les conseils d’école, P. Meirieu insiste que le fait de « ne pas se laisser enfermer dans 4j ou 4.5 j » : il est favorable aux 4.5 jours mais cela ne doit pas signifier le statu quo, il faut améliorer les liens avec le périscolaire. Par exemple, on sait qu’il existe une formule très intéressante sur le plan pédagogique (cf Claire Leconte) où les cours de l’après-midi sont de 2h10 sur 3 après-midis et où il y a une après-midi complètement libérée pour le périscolaire (jours différents selon les écoles, afin que les animateurs aient un contrat plus consistant) mais surtout pas le vendredi, car les week-ends sont trop longs et sont une trop grosse coupure, pénalisant la remise en route du lundi, notamment pour les élèves en difficulté.
  • Il importe de se battre pour pérenniser le fonds de compensation de l’État aux communes : ce coût est d’environ 900 M€ au niveau national. Comparons-le au coût des déductions fiscales accordées aux familles qui paient des cours privés à leurs enfants qui est de 1,8 milliard d’euros !!
  • Quelle école veut-on ? La réussite éducative de tous nos enfants ? L’éducation est-elle une priorité du gouvernement, des communes ? Les débats des prochains mois doivent poser toutes les questions…

Une autre prise de note, plus détaillée

À peine en place depuis 3 ans, après quelques nécessaires ajustements sur les activités périscolaires, la semaine de 4.5 jours est déjà remise en cause par le ministre Blanquer de l’Éducation Nationale, avec son décret de juin 2017 qui permet aux communes de revenir à 4 jours de classe par semaine. C’est un réel non-choix du gouvernement que de laisser faire chaque commune comme elle veut ! Où est l’intérêt de l’enfant ? Où en est-on des objectifs de mieux prendre en compte les rythmes de l’enfant et de favoriser les apprentissages, notamment pour les enfants en difficultés scolaires ? Sans évaluation partagée, les conseils d’école doivent se prononcer dans les prochains mois, puis les communes (avant le 30 avril 2018). Le fonds de compensation versé par l’État aux communes est maintenu en 2018, mais sa suppression est annoncée en 2019… Un réel manque à gagner pour le financement des activités périscolaires par les communes. De nombreuses communes ont fait le choix du retour à 4 jours, dès septembre 2017…

Interventions :

Françoise Mermoud, adjointe à Bron

Le nouveau décret de juin rouvre le débat. En 2014 la mise en place des rythmes scolaires a été au cœur des campagnes municipales. Déléguée dans une école, Françoise Mermoud a suivi sa mise en place, difficile, dans une école. Le système commence a être stabilisé au bout de 3 ans et on le remet en cause. Vue d’une équipe municipale, ce n’est pas la pédagogie qui est à étudier, c’est que « met-on en place, comment on gère la matinée supplémentaire, combien ça coûte, où on fait le périscolaire, avec qui… » Le périscolaire est totalement gratuit à Bron, la garderie du matin reste payante. Plusieurs types d’activités : coins de jeu, coins lecture, activités manuelles, sportives, ateliers thématiques : danse, informatique, contes… parcours de découverte (6 à 8 séances) sportifs et culturels. Le Maire va faire une consultation auprès des parents d’élèves. Le fonds de soutien de l’État disparaîtra en 2018.

Cécile, parent d’élève en maternelle – Villeurbanne

Les familles envoient leurs enfants en maternelle un peu « à la carte ». Changer les rythmes fait débat au sein des associations de parents d’élève.

Sandra, Enseignante en CM2 – Villeurbanne

Le débat a lieu avec les parents et les collègues. Les enfants sont plus fatigués les après-midi qu’avant, plus disponibles le matin. Certains restent jusqu’à 18h à l’école. Les enfants sont plus demandeurs d’activités « libres ». Pour les familles cela a un coût que les familles n’avaient pas avant. Cela crée des disparités au sein des élèves. L’enfant n’est pas au centre des décisions qui ne sont pas forcément prises pour eux. La dernière période dure 12 semaines sans pause (calées sur les collèges et lycée). C’est aussi l’ensemble de l’année scolaire qu’il faut revoir.

Mathieu Soares, Conseiller Délégué à la réussite éducative – Villeurbanne

C’est un débat politique que l’ensemble de la société doit avoir. Il ne faudrait pas chambouler encore l’organisation de l’école qui commence à peine à fonctionner. Un chamboulement qui concerne des centaines d’agents. Villeurbanne restera à 4,5 jours. Le Sénat a fait un rapport avec 5 recommandations. Une évaluation va être faite, associant les enseignants, les parents d’élèves, les enfants, les partenaires. L’avantage c’est qu’on a noué des liens avec le périscolaire qui n’existaient pas avant. L’enfant est plus fatigué, notamment en maternelle, mais ce n’est pas lié qu’aux rythmes scolaires. Il faudrait réfléchir aussi sur notre société numérique.

Philippe Meirieu, pédagogue

En Europe on parle de rythmes de l’enfant, pas de rythmes scolaires.

L’école, c’est moins de 10 % du temps sur 1 an passé à l’école. On a une très grande diminution du temps de sommeil. Le temps de repas diminue aussi grandement, et se fait de moins en moins en famille.

On note un écart de 25 % de temps scolaire utilisé entre les écoles avec ou sans problèmes. Dans les écoles « difficiles » on perd 1 an tous les 5 ans. C’est très particulier au système scolaire français. La France est le pays où les enfants considèrent qu’il y a le plus de temps « perdu » par rapport au temps de cours. 58 % des élèves en ZEP considèrent qu’il n’utilisent pas 50 % du temps d’école à travailler.

La semaine de 4 jours → Xavier Darcos l’avait faite pour satisfaire la bourgeoisie moyenne qui veut son week-end. C’était une mesure électoraliste. On parle à l’époque d’une « Munich pédagogique ».

François Peillon rouvre la débat sur le temps scolaire. C’est une bonne initiative mais la méthode n’était pas bonne, la concertation non plus, pas assez de temps. Tout a été fait trop vite, sans tous les acteurs (où sont les artisans pour faire découvrir leur métier ? ).

Le niveau en français et en math a globalement augmenté. Mais il y a un recul significatif des autres matières ttrès significatif pour l’EPS). L’attention est soutenue jusqu’à la fin de matinée.

La décision de pouvoir revenir en arrière témoigne d’une désinvolture…

Avec 162 jours d’école sur 4,5 jours, nous sommes ceux qui en avons le moins en Europe.

Si on revient à 4 jours on arrive à 130 jours. Pour les classes défavorisées, c’est aussi moins de temps passé en activité encadrée donc + de rouille et moins de découverte.

Si on supprime l’aide aux municipalités : cela pèsera très lourd.

Aujourd’hui 53 % des municipalités (46 % des élèves) reviennent aux 4 jours.

Le rythme de Lyon est le pire de tous : pas classe le vendredi après-midi → un week-end trop long.

Peut-on imaginer d’autres formules ?

On peut améliorer qualitativement. On peut améliorer l’articulation scolaire / péri-scolaire. Qu’est-ce qui est fait intra-extra et comment travailler ensemble ?

Allonger les 5 matinées à 3,5 h – 3 après-midi à 2h10 et un 4e après-midi (pas le vendredi) libéré totalement pour une seule et même activité l’après-midi (dans le cadre d’un « parcours »). Cette organisation peut être autorisée. Elle a été testée sur 10 municipalités moyennes et apparaît positive sur la fatigue, la satisfaction des parents, l’organisation des enseignants (voir les travaux de Claire Leconte)

Samedi matin n’est pas exclu… Un avantage : un contact privilégié avec les familles (pas toutes). Possibilité de 3 samedis matins sur 4.

Diminuer le nombre de jours de vacances scolaires (Lyon l’a fait). Pour ce qui est des vacances d’été : les danois n’ont que 5,5 semaines, 6 semaines en Allemagne, en Suisse… Au total sur l’année : 8 semaines max dans les autres pays, 14 semaines pour nous.

Il ne faut pas se laisser enfermer dans un débat organisationnel. On peut travailler pour améliorer pour l’intérêt de l’enfant. Les textes sont complexes. Une modification se fera encore en octobre. A priori dans la même ville des écoles pourront être à 4 jours et d’autres à 4,5 ce qui est assez préoccupant.

Débat

La sieste dans les maternelles n’est toujours pas possible, en fonction des locaux. Les activités proposées ne sont pas toujours intéressantes. On passe à côté de beaucoup de choses.

Les 4,5 j permettent une régularité dans le couchage des enfants la semaine.

Un autre avantage du samedi matin : les parents pourraient aussi intervenir en classe.

On manque de vraies évaluations pour décider. Selon ce qu’on décide de mesurer (attention, résultats en math, fatigue…) on aura pas les mêmes résultats. Les évaluations seront toujours contestées.

Les Conseils d’École doivent s’exprimer, et pas seulement avec un oui/non. C’est le recteur d’académie qui valide in fine.

Des regroupements entre écoles sont possibles, avec les animateurs qui s’occupent des maternelles pour la sieste puis passent en primaire. Ou les temps ne sont pas les mêmes entre école.

La qualité et la quantité des locaux doit être prises en compte.

Le temps de périscolaire, avec 1 animateur pour 8 enfants n’est pas le même.

La décision doit être prise au 30 avril. Les différents conseils d’école votent. Les conseils municipaux votent. L’inspecteur d’académie centralise et prend la décision.

Le périscolaire et le scolaire doivent avoir des moments de travail en commun, une articulation, pour parler des enfants, de leurs projets.

 

 

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